Frederic Werst (SIPA)

Projections

Projection - Carte blanche à Frédéric Werst


mardi 13 décembre 2016 - 20h00
Videodrome 2

Dans le cadre de la résidence de Frédéric Werst à l'association Peuple et Culture Marseille, avec la participation de la Cinémathèque française


20h – Projection – Carte blanche à Frédéric Werst – Entrée 5€/4€

Le toit de la baleine de Raoul Ruiz ( film d'aventures, 1982, Pays-Bas/ France, 1h 30 )

    A l’invitation d’un millionnaire communiste chilien, un anthropologue se rend en Patagonie (une Patagonie toute métaphorique) pour y rencontrer les deux derniers survivants d’une tribu indienne, les « Yagans », et pour étudier leur langue. Une femme et un enfant sont aussi du voyage. Tel pourrait être l’argument du Toit de la baleine, si ce n’était par trop réducteur.

    Ce film de Raoul Ruiz, plutôt méconnu, aborde des questions toujours cruciales dans le monde actuel : la diversité des langues (on y parle néerlandais, allemand, français, anglais, espagnol, à quoi s’ajoute la langue indienne d’ailleurs inventée) ; l’habitude occidentale du colonialisme et de la domination ; le désir de retrouver, grâce aux peuples les plus éloignés, un rapport au monde plus humain et plus vrai, libéré des aspects pathologiques de notre « civilisation ». Ce sont là des questions qui sous-entendent également le travail que je fais en écrivant Ward, la littérature d’un peuple lui aussi imaginaire.

   Filmé dans des couleurs souvent artificielles et déroutantes, dans un décor qui se limite à une simple maison, Le Toit de la baleine mêle les dialogues et les silences avec un sens prononcé de l’étrangeté, mais aussi un goût de l’écoute et de la contemplation. En plaçant la question politique de la langue toujours au centre, Ruiz alterne la fantaisie ethnographique, la réflexion sur les mots, la vision poétique et la quête hésitante de territoires intimes. 

   Loin de tout exotisme comme de tout réalisme, il nous présente une altérité en danger bien réel, et nous rappelle que l’imaginaire, aussi bien que l’Autre, est un besoin vital. Le Toit de la baleine, comme Ruiz le signale lui-même, est « un film sur la survie ».

 

                                                                                                                                                            Frédéric Werst