Cycle

Musique, on tourne !
Le crepuscule des idoles


Du samedi 19 février 2011 - 20h00
Au samedi 26 février 2011
Le Polygone Etoilé

 

De New York à Yaounde en passant par Londres, Peuple et culture Marseille poursuit ses déambulations cinématographico-musicales. Les films proposés interrogent les formes (choix de mises en scènes, recours aux archives, place de la captation directe ou rôle de l’entretien) et le statut d’icône.

Le protopunk Johnny Thunders – leader des New York Dolls puis des Heartbreakers – et le grand timonier de l’influent Gun Club, Jeffrey Lee Pierce, ont en effet connu tous les deux des fins tragiques, délaissés après avoir été adulés tant par des fans anthropophages que par leur entourage. Dans un tout autre contexte, avec la disparition brutale de Zanzibar, leur guitariste prodige, les Têtes Brûlées n’échappent pas non plus à ces sombres destins. La volonté à repousser les limites des dogmes musicaux (et par rebond des conventions sociales), comme à reformuler les traditions les plus ancrées transcende, au final, tous ces drames.

Le dépassement - l’oubli ? - de soi demeure en partie énigmatique, reste au moins une évidence que le cinéma dévoile : l’indéniable capacité des musiciens à raconter des histoires, à chroniquer les petites misères humaines ou les grandes affaires du monde, à « ambiancer » les foules – n’en déplaise à ceux qui considère encore les musiques dites « populaires », d’ici ou d’ailleurs, comme un art mineur.

Rock primitif, blues décharné ou bikutsi à la sauce électrique, il s’agit bien ici d’une même énergie à la manoeuvre ; une même intensité rageuse ou désespérée, joyeuse et déjantée qui secoue les corps, des neurones jusqu’aux hanches. C’est cet ensemble de forces, de tensions et parfois, de doutes qu’ont su capter les trois cinéastes, chacun avec son regard et ses gestes propres.

 


> 19 février

> 18h
Born to Lose (the last rock and roll movie) de Lech Kowalski

(USA, 2001, 104’, VOSTF)
Ce qui était important, c’était la vie de Johnny dans son ensemble, le contexte historique dans lequel il a vécu. Dans vingt ans, plus personne n’aura rien à foutre de savoir comment Johnny est mort. Ce qu’ils voudront savoir c'est comment il vivait, comment était son époque. Je voulais montrer sa vie telle qu'elle l'était vraiment. Lech Kowalski
 

Portrait sans concessions sur la descente aux enfers, de Johnny Thunders (né John Anthony Genzale Jr. en 1952), leader des New York Dolls puis des Heartbreakers. Porté au pinacle par les premiers punks, Johnny Thunders brillait par son image outrageante et décadente ; image, comme le souligne le cinéaste, qu'il a très vite cultivée malgré lui.

> 21h30
Hard time s Killing Floor Blues de Henri Jean Debon
(France, 2008, 43’, VOSTF)

Fondé en 1980 par Jeffrey Lee Pierce, le Gun Club a été l’un des groupes les plus influents de la scène punk américaine. En 1992, Henri-Jean Debon saisit le quotidien du chanteur qu’il admire et qui vit alors à Londres dans un relatif isolement. À rebours des interviews filmées ou des documentaires hagiographiques, le film nous montre J. L. Pierce dans son intimité la plus dénudée. Alcoolique, ruiné, malade, quitté par sa compagne, le chanteur était devenu, invonlontairement, la caricature de ce qu’il avait toujours rêvé d’être : un vrai bluesman. L’existence de ces images, tournée en Super 8, ne fut longtemps connue que de quelques personnes. Marqué par la disparition du chanteur, H. J. Debon attendra 15 ans pour les revoir et en faire un film.

> 26 février 

>20h

Man no Run* de Claire Denis
(France, 1989, 90')
*Film projeté en 35 mm !

 

Ce documentaire sur un groupe de musiciens africains disparu est une rareté. D’abord, en raison du son “singulier” de ces “têtes brûlées” qui, grâce au talent exceptionnel de leur jeune guitariste Théodore Epeme dit Zanzibar, n’ont pas hésité à dépoussiérer le bikutsi - une musique traditionnelle du Sud forestier - en passant ces rythmes ancestraux à la moulinette hard, et faire entrer l’Afrique dans la modernité la plus décapante. Ensuite, parce que Claire Denis, suivant la première tournée des musiciens en France, se pose en groupie, les laisse librement se livrer à l’autodérision, au second degré, et s’incline quand, caprice ou mal du pays, ils ne veulent pas entrer dans le jeu. La cinéaste tourne “sans filet”, improvise à leur gré, ce qui donne à la mise en scène le même caractère spontané et inventif que la musique.