Cycle

Identités remarquables #2


Du vendredi 16 février 2007 - 20h30
Au mercredi 13 juin 2007
Le Polygone Etoilé

Quand on est privé de faire la différence entre ce qu’on voit et ce que l’on est, la seule issue est l’identification massive, c’est-à-dire la régression et la soumission” Marie-José Mondzain, philosophe


L’image peut-elle contribuer à révéler une identité ou est-elle un outil de domination (et de contrôle) du vivant ? Cette interrogation guide la démarche de Peuple et Culture Marseille à l’occasion de ce nouveau cycle de films documentaires qui vient poursuivre celui du printemps dernier. Face à la profondeur des bouleversements qui affectent les sociétés tant sur le plan politique que scientifique et technologique, force est de constater que les hommes peinent toujours autant à déplacer les frontières, physiques ou symboliques. Comme à sortir des carcans communautaires de toutes obédiences qui les enferment et les assignent à la production d’identités figées, définitives, rassurantes, excluantes. Alors qu‘un tel processus est sans cesse mouvant, remis en cause, confronté à l’altérité. En un mot, vivant.

Une invitation à questionner ce que signifie faire société, lorsque la place de l’homme, des êtres, y est malmenée.

Cette programmation parcourt les lignes de fuite ou de fracture des identités entre les pôles aimantés de l’intime et du social, de l’appartenance et de l’affranchissement, là où des destinées singulières croisent les remous de l’Histoire.

Effets géopolitiques et socio-économiques

A l’heure où les frontières se déplacent, s’ouvrant d’un côté pour se refermer de l’autre, où des murs se sont effondrés pour se reconstruire ailleurs, où la “libre circulation” s’accompagne de nouvelles formes d’enfermement, les identités sont à la dérive : hommes jetés en pleine tempête des flux financiers, peuples écartelés, exilés politiques ou économiques rivés à une vie désincarnée.

Face à cette “intolérable fragmentation du territoire”, Martine Derain, plasticienne, expérimente des actes artistiques et politiques dans l’espace public. A voir et à entendre au cours d’une soirée qui lui est consacrée.

Entre identification et différenciation

Les identités n’acceptent pas le poids des certitudes, si ce n’est celle d‘une constante élaboration, dans un aller retour entre un “moi” intime et un “je” construit socialement et historiquement. Entre l’assignation à des normes et la tentative d’y échapper. L’appartenance à un genre, à une identité sexuelle ou à des usages communautaires devient parfois si aliénante qu’elle fait émerger de nouvelles voies de construction individuelle et collective.

Par ses formes et ses partis pris, le cinéma documentaire, dit du réel, s’affirme comme un lieu de confluence des réalités et de questionnement des représentations, comme un espace de production de sens et d’ouverture critique. Dans la communauté du voir ensemble auquel il invite, la manière dont chacun, confronté à l’autre, voit et se représente ce qu’il voit, amène à interroger sa propre identité.



 

 

Programmation

Vendredi 16 et samedi 17 février / Êtres jetés, peuples écartelés : identités à la dérive 

Les Hommes du Labici B de François Chilowicz (France, 2003, 78 mn)

Un navire est saisi à Béjaïa (Algérie), après sa traversée depuis Calais. L'équipage, prisonnier de ce “bateau-poubelle”, est filmé en temps réel... La vie de marin, aujourd'hui, sur le grand échiquier de la mondialisation des échanges : entre mythe et réalité.

Retour à Douchanbé de Gulya Mirzoeva (France, 2000, 64 min)

En 1999, la réalisatrice retourne à Douchanbé après sept ans d’absence. Depuis la chute du communisme, la petite capitale du Tadjikistan, hier considérée comme le paradis de l’union soviétique, peine à retrouver une stabilité. Entre la nostalgie du communisme, la montée des intégrismes religieux et la résurrection d’un prince déchu, la jeunesse revendique sur fond de musique rap son identité tadjike et chacun compose à travers la diversité des chemins... à suivre ou à (re)construire.

Séance en présence de la réalisatrice.

 

Vendredi 16 mars /Corps d’exils

Solo ida de Manuel Soubiès (Espagne, 2005, 35 mn)

Trente-cinq minutes pendant lesquelles la caméra traverse en temps réel le détroit de Gibraltar, guidée par les histoires de quatre émigrés installés en Espagne. Sur des embarcations de fortune, des milliers de Marocains choisissent l'exode et émigrent clandestinement depuis la fermeture progressive des frontières de l'eldorado européen...

Border de Laura Waddington (France/UK, 2004, 27 min)

Tapie dans les champs autour du camp de la Croix Rouge de Sangatte, la cinéaste a filmé pendant plusieurs mois les réfugiés afghans et irakiens, essayant de rejoindre l'Angleterre par le tunnel sous la Manche. Captées de nuit, les silhouettes fantomatiques de ces hommes, figures floues à l’identité incertaine, corps déplacés et traqués telles des bêtes, livrent une expérience de l’attente et de la peur.

Resonating surfaces de Manon de Boer (Pays-Bas, 2005, 39 mn)

São Paulo, Brésil. Après un séjour dans les prisons de la dictature brésilienne, la psychanalyste Suely Rolnik fait le récit de son exil en France, où elle rencontre et se lie à Gilles Deleuze et Félix Guattari. Sa blessure brésilienne, longtemps “encapsulée”, resurgit par la voix, une vibration venue de loin. Exploration esthétique et théorique des rapports et des possibles réconciliations entre corps et résistance à la violence d’un pouvoir.

 

Vendredi 23 mars / Passage, Frontières 

Carte blanche à Martine Derain, plasticienne

Martine Derain, photographe et plasticienne “de terrain”, articule son travail autour de questionnements sur les notions de territoire, de frontière et de passage, avec au coeur de sa recherche, le souci de porter publiquement les conditions d’existence de populations mises en danger par les dérives institutionnelles : positionnement artistique, nécessairement politique... De cet engagement, l’artiste fait acte et construit des formes dont les supports de diffusion vont de l’affichage public au ticket de bus.

Dans “En Palestine, il n’y a pas de petites résistances”, des tickets de bus pas comme les autres véhiculent images et petits messages de résistance, autant de flux matériels et immatériels entre territoires occupés et habitants. [Projet réalisé en 1998-99 avec Dalila Mahdjoub]

Dans “Numéro”, série d’images imprimées installées dans l’espace urbain, les nouvelles formes d’enfermement s’affichent sur les murs : de l’expulsion des étrangers envisagée comme dispositif (sérieN°7) à l’inventaire des centres de rétention et des zones d’attente, à la limite de ce que les yeux sont autorisés à voir (série N°9). [Séries réalisés entre 1994 et 1999 dans le cadre d’un projet collectif conçu avec Laure Maternati, association Casa Factori – Série N°9 réalisée avec Dalila Mahdjoub]

> Affichage des séries N°7 et N°9 aux abords du Polygone étoilé, à découvrir et à arpenter librement.

> Rencontre avec Martine Derain au Polygone étoilé : projection d’images, écoute sonore et échanges. Autant de traces d’un travail collectif mené in situ, dans le cadre d’un processus. Une manière aussi de soulever la question de la restitution qui traverse l’ensemble du champ documentaire.

Jeudi 12 avril / De moi à je

Svyato de Victor Kossakovski (Russie, 2005, 40 mn)

Svyato a deux ans, il s’apprête à faire une rencontre qui va bouleverser sa jeune existence. De loin, cela ressemble à un petit garçon mais il y a quelque chose d’étrange... Svyato va mettre un certain temps à comprendre qu’il est face à un miroir. Nous avons oublié le choc qu’a pu être la découverte de cette image de soi qui nous identifie aux yeux des autres. Un premier rapport au reflet qui n’est pas narcissique mais passe par une acceptation.

Tarnation de Jonathan Caouette (USA, 2004, 88 mn)

Autoportrait chaotique et psychédélique, fait à partir de films super-8, de photos de famille, de messages enregistrés sur le répondeur... le tout monté par Jonathan Caouette pour sortir de l'enfer de soi (en argot texan, Tarnation signifie enfer éternel). Dans un effort pour construire sa propre identité, il se regarde filmer et se montre filmé, utilisant la caméra comme un miroir...

mercredi 9 et jeudi 10 mai /Déplacer les frontières des genres et des sexualités

Juste une femme de Mitra Farahani et Sonbol By (France/Iran, 2001, 29 mn)

Téhéran, octobre 2000 : un transsexuel s’apprête à vivre, en tant que femme, sa première sortie dans les rues de la ville. Les dernières inquiétudes, confidences, les derniers préparatifs avant l’ultime confirmation de ce qu’elle est dans le regard des autres au sein de l’espace public.

Tu seras un homme ma fille de Agnès Bert (France, 2004, 54 mn)

Une vieille loi albanaise autorise les familles sans fils à élever une de leurs filles comme un homme. Atteignant un certain âge, elle en devient le patriarche. Mais ce privilège a un prix : la fille doit faire le voeu de rester vierge. Il reste une centaine de ces femmes-hommes en Albanie. Certaines d'entre elles témoignent et bousculent le regard qu'on peut porter sur l'identité de genre.

Un cirque à New York de Frédérique Pressmann (France, 2002, 54 min)

Le film trace le portrait du cirque Amok et de Jennifer Miller, directrice et artiste lesbienne, qui a décidé de ne plus se raser la barbe, transgressant et questionnant ainsi les codes de nos identités de genre. Invitation à suivre, dans des quartiers délaissés de New-York, la déambulation politico-poétique de cette troupe de spectacles de rue et de cette artiste étonnante.

Mercredi 13 juin / Usages communautaires : transgression ou transmission ?

Pork and milk de Valérie Mréjen (France, 52 mn, 2006)

La romancière et vidéaste Valérie Mréjen a filmé les témoignages de jeunes israéliens issus de familles juives ultra-orthodoxes qui ont choisi de renoncer à la religion. Une rupture souvent douloureuse avec la famille et la communauté, avec une vie ponctuée de rites et d’interdictions, des rapports sociaux strictement communautaires. Les premiers pas dans le monde des laïcs s’accompagnent d’un nécessaire réapprentissage de soi.

Circoncision de Nurith Aviv (France, 52 mn, 2000)

Circoncire ou ne pas circoncire, perpétuer ou rompre avec une tradition religieuse ou hygiéniste célébrée pendant des siècles par les trois religions monothéistes ? Le film n'explore pas la dimension religieuse de la circoncision mais sa signification pour celles et ceux qui décident de la pratiquer ou, au contraire, d’y renoncer. Réflexions complexes autour de cette marque sur le corps (cette perte ?) qui interroge la masculinité, la filiation, l’héritage culturel et la transmission.

>>> Ce cycle de films documentaires s’inscrit en contrepoint des conférences “Identités à la dérive” proposées par Echange et diffusion des savoirs // Informations : 04 96 11 24 50 / contact@des-savoirs.org