Rencontre littéraire

Virginie Buisson


Du jeudi 19 janvier 2006 - 18h30
Au vendredi 20 janvier 2006
BMVR Alcazar

Atelier d’écriture

jeudi 19 janvier 2006à 18h30 
 
Lecture-rencontre
vendredi 20 janvier 2006 à 18h30
 
“Ils demandaient l’autorisation de l’embrasser. Souvent, ils l’appelaient par un prénom qui n’était pas le sien. Elle ne    voulait rien savoir d’eux, à l’exception du lieu où ils avaient marché dans l’enfance.” 
(Le Silence des otages) 

 


Virginie Buisson 

Née à Meaux en 1944, elle a vécu avec sa famille en Lorraine, dans l’Algérie en guerre de 1954 à 1962, et en Normandie. Enseignante puis chercheur en Sciences Sociales, géographe et historienne, elle fut chargée de mission du gouvernement  de Michel Rocard pour l’insertion des jeunes en Nouvelle-Calédonie de 1988 à 1995. 

Son premier roman, L’Algérie ou la mort des autres, paru en 1978, a été consacré par le Prix des Bibliothécaires en 1983. En 2001 elle a publié un recueil de Correspondances censurées des déportés de la Commune en Nouvelle-Calédonie, lettres et mots qui n’ont jamais atteint leurs destinataires. Ces Lettres retenues ont donné lieu à plusieurs lectures publiques (Théâtre du Maquis, Nuits de la Correspondance) et à trois expositions (Billet de Passage, Les proscrits, et Honoré Bonnaventure). Elle revient en 2003 vers l’Algérie de son adolescence : Le silence des otages a la concision clinique des récits si intimes qu’il leur faut être dépouillés à l’extrême pour n’être pas impudiques.

Après Grenoble et Brest (où elle fut écrivaine associée de la Scène Nationale du Quartz), elle est installée aujourd’hui à Arles, anime de nombreux ateliers d’écriture et publie prochainement un grand roman historique sur la Nouvelle-Calédonie, Vallée des colons.

 

Bibliographie

L’Algérie ou la mort des autres

Ed. La pensée sauvage & coll. Folio Junior Gallimard Jeunesse, 1978

En 1955 l’auteur a onze ans. Elle quitte alors la Lorraine avec sa mère et ses jeunes frères pour rejoindre son père, gendarme, muté en Algérie quelques mois auparavant.

A l’enchantement de la découverte d’un nouveau ciel, de la mer et d’autres habitudes, succède la peur qui oblige à se confiner à l’intérieur des maisons. L’adolescente mélancolique mais aussi rageuse, qui voudrait jouir de la vie, ne peut éviter de voir la mort et la torture autour d’elle, jusqu’à ce jour où Jacques, un soldat du contingent, est tué tout près d’elle, à bout portant, par un homme de l’OAS, pour avoir tenter de porter secours à un enfant algérien froidement assassiné par le même homme…

Le récit, forgé dans une mémoire de sang et de cris, fait sur le ton de la confidence, rend sensible et présente la douleur de l’horreur, tout en donnant à voir le cheminement d’une pensée, d’une conscience désireuse de comprendre pour se situer. A chaque page petites phrases émerveillées qui disent la douceur de la nature lumineuse, à chaque page petites phrases haletantes et laconiques qui ponctuent l’obscure violence des hommes ; elles donnent au livre la force d’un témoignage de l’âge de la puberté, quand tout l’être est une âme, quand la quête du bonheur ne veut pas se laisser entamer par le quotidien de la mort. Emouvante et pudique  fusion du drame collectif et de l’aventure individuelle qui, par delà l’exil,  dans l’écriture reconquiert le royaume.

Lettres retenues

Ed. Cherche- Midi, 2001

En historienne sensible Virginie Buisson a consulté 2.500 dossiers de déportés aux archives d’outre-mer à Aix-en-Provence pour faire revivre une sombre page de l’histoire de France : suite à la semaine sanglante où 31 000 communards furent exécutés par les troupes versaillaises de répression, entre mai et septembre 1871 25.000 insurgés de la Commune ou simples suspects furent emprisonnés. 4.000 d’entre eux furent déportés en Nouvelle-Calédonie sur des îlots. De 1872 à 1880 ces prisonniers politiques écrivirent aux leurs mais l’administration pénitentiaire a arbitrairement retenu leur correspondance à l’insu des intéressés.

L’auteur a lu 600 de ces lettres confisquées, et dans cet ouvrage en présente et commente un florilège admirable : mots d’amour, cris de souffrance, attente, vie quotidienne du bagne font le drame vécu, du Paris populaire à Nouméa, par tous ces combattants censurés des barricades et de l’utopie sociale. (Cet ouvrage, épuisé, n’a malheureusement pas été réédité.)

 

Le silence des otages

Ed. Cherche- Midi, 2003

“Elle” est une étrange jeune fille anonyme bringuebalée entre une mère quasi mutique et un père aussi meurtri que blessant, entre la petite enfance aux bords de la Marne et l’adolescence finissante en Normandie. Entre les deux il y a l’Algérie, ravissante et terrifiante. Et partout le souvenir, intrusif, suppliciant, d’une guerre qui ne dit pas son nom, d’un drame familial silencieux et secret. A quoi sert le souvenir ? A quoi servent les voyages s’ils ont tous les allures de l’exil ? A chercher les mots justes dans une mémoire du corps qui bruisse de langues nouées et d’errances ; à chercher un point d’ancrage, le regard aimant d’une mère, l’identité flouée et perdue dans les déplacements, au fond des bruits du cœur. A ne pas oublier les anciennes violences qui étouffent, à se décharger des tourments traumatiques.

Ce court roman, inspiré en grande partie par les mêmes évènements que L’Algérie ou la mort des autres, est un récit pudique et dur, dégraissé de toute sensiblerie et volontiers elliptique, dont le style a la concision d’un procès-verbal. En une centaine de pages tenues de bout en bout dans le voyage immobile et intérieur de l’écriture, une chronologie bousculée se déroule, se fait et se déforme pour se refaire à nouveau : une lumière de l’été algérien, l’odeur des marais de la Marne, la vie d’un village normand, une gare routière à Münich… Des instantanés refondus en une unité de pensée et d’action qui les lient, les dénouent, du plus obscur au plus clair, pour mettre fin au temps de l’amnésie, à la chape du silence qui tue à petit feu, et qui rendent à l’innocente sa nécessaire rédemption. Un texte bref et un grand livre, qui claque et cogne à chaque lecture.

 

A paraître en septembre 2006 : Vallée des colons